"Appel à tous les passagers. Dans une demie heure, à
chacun sa bouteille à la mer à jeter! Amoureuses, amoureux, préparez vos mots à la mer! Vos souhaits, vos regrets dans du verre, qu'elle apportera qui sait, peut être à votre réponse! Dans une
demie heure, tenez vous prêts au Pont Nord!Merci."
Une demie heure, une demie heure pour mettre en mots ce qu'il y a de secret, d'important, d'inutile mais de tellement présent. Ce qui fais que j'expire le passé, inspire l'instant et souffle sur l'avenir.
Je cherche une feuille, fébrile.
Une demie heure, une demie heure pour exprimer d'encre, les pages patinées des mes pas prudents, portées de ponts à ponts. Ce qui fait que j'efface, que je saute des mots, que je tourne et retourne ceux inscrits dans ma tête, pour rester une illusion d'ordre.
Un crayon, un stylo, qu'importe la couleur, les mots en ont déja.
Une demie heure, une demie heure, pour allumer les musiques. Que les mots, mélodie de mon esprit, se mêlent à ceux de mon coeur, qu'ils atteingnent dans une vague les lignes de ma main, et que chacun de mes doigts parlent d'empreintes inconnues. Ce qui fait que je me lève, ouvre les bras, me couche toujours en chanson.
Une musique, cette musique, qui pendant une demie heure me fera écrire, c'est ça, chante!
Une demie heure, une demie heure, pour raturer, innover, gribouiller, jeter, garder, trouver, déchirer. Ce que la mer doit savoir, ce qu'elle doit m'apporter, ou perdre. Ce qu'elle doit laisser espérer, ce qu'elle doit à tout prix faire oublier, ce qu'elle doit noyer, ou faire ramer.
Une demie heure, une demie heure, une demie heure, une demie heure pour vingts deux ans de pleine mer. C'est résumer ce qu'est le fond marin en un coquillage. Une tempête en un bruit de vague, un coucher de soleil en un coup de soleil.
Une demie heure, une demie heure, une demie heure, une demie heure, une demie heure pour une vie en bouteille. Choisir le meilleur, ou le pire, préférer résumer, ou en garder un instant.
Confondre la mer et le ciel, l'avion et le bateau, la nuit et le jour, après tout qu'importe... La mer poliera les mots, en effacera leurs contours. Et si elle ne les atteints pas, si cette bouteille reste fermée et qu'elle traverse le temps, ignore les rochers, survie aux marées, son eau salée n'en sera pas moins utile. Une perle de mots en son coquillage de verre.
Parce qu'on a tous eu besoin, petits, de lâcher un ballon au milieu de tous les autres, espérant qu'il irait très très loin, le plus loin possible! Qu'il vivrait le vent, les paysages en grands, la mer d'en haut, et même qu'il défierait les avions. On lui a tous souhaité de rencontrer quelqu'un, à l'autre bout de la terre. On a prié pour qu'il ne connaisse ni les nuages ni la pluie, pas d'oiseaux voraces ni d'extraterestres, et aucunes branches dans une forêt inconnue. Le mien était rouge, et comme une petite braise imperceptible, je l'ai vu partir en direction du soleil.
Comme mon ballon, j'écris ma bouteille.
Une demie heure, une demie heure pour salir la mer de l'humain. Que ce qui est en moi salisse seulement de sel, celle sans qui, cette route serait sans saveur. Du verre pour du bleu, du vert pour un bleu. Mes coups de coeur, mes coups de sang, mes coups de poing, mes coups foireux!
Je signe, et en une seconde je plis ma vie en quatre, roule les mots qui baignent dans mes veines, glisse dans la bouteille ce qui va jouer au nauvragé.
Robinson de verre trouvera t il une île déserte, un pêcheur curieux? Fera t il le grand bleu, saison après saison? Ame d'enfant, je retrouve mon âme de ballon rouge.
"Appel à tous les passagers, le temps est arrivé de laisser la mer décider de la suite! Attention, lancez!"
Pleins de petits nauvragés, heureux, amoureux, déséperés, rêveurs, curieux, jeunes, âgés, drôles, graves,
Se retrouvent dans leur coquille de verre, à transporter à l'avenir...
Ce qu'une demie heure de mots avait à dire...
(ayant joué le jeu jusqu'au bout, une demi heure c'est court, je n'ai pas eu le temps de faire la météo, alors à vous de la faire! Peut être est elle dans votre bouteille?!)
Joaluna
Minuit sur un pont parmis ceux du Storia. Et un autre soir, une
autre nuit, une autre vague noire teintée du reflet d'une autre lune. Toujours les mêmes yeux regardant un paysage similaire, fait de petits monts noirs et mouillés, clapotants dans une lumière
déjà connue. Les mêmes mains, sur le même pont.







Vos bouteilles